FACILE ! VOUS AVEZ DIT FACILE ?

Les bons sentiments tombent souvent dans la facilité, facile d'avoir de la compassion pour les victimes, difficile de pardonner aux coupables, surtout l'impensable. Vous me direz : " facile pour nous en tant qu'auteurs d'intervenir, ignorant leurs méfaits, pas de jugements, facile d'avoir de l'empathie pour eux, de les voir comme des êtres humains non étiquetés "détenus". C'est juste, peut-être que si nous connaissions leurs délits, nous ne voudrions même pas les voir, leur parler, les conseiller, et même leur consacrer une partie de notre temps à les "évader" de leur quotidien pénitentiaire.

Et puis il y a les récidives ! Le milieu carcéral, la justice, les psychologues, la famille, les amis, la société et leur rôle à jouer dans l'aide à la réinsertion... Beaucoup de questions taraudent notre esprit face à cette équation à plusieurs inconnues qu'est l'incarcération. Pour ma part, à mon humble niveau, en leur apportant un peu d'humanité et d'espoir dans leur horizon futur, je me sens utile, fière et citoyenne dans cette démarche altruiste, pas si FACILE !" Valérie Florian Coordinatrice relations - intervention prison 2025 

Nos plus vifs remerciements à notre administratrice et amie Marie France André qui a rempli sa mission de Coordinatrice relations - intervention prison depuis de nombreuses années avec un zèle et une exigence aigus et qui va se consacrer à de nouvelles missions à partir de l'an prochain. 

Les interventions sont interrompues pour cause budgétaire - temporairement , du moins à Sequedin - en attendant des temps plus propices...

Les souvenirs intenses des interventions d'Auteurs ADAN restent gravés à jamais dans nos mémoires d'auteurs et sur le silicium de ce site et de nos ordinateurs et espérons le , dans celle aussi des détenus. Des démarches actives sont d'ores et déjà engagées auprès de nombreux centres de détention de la région qui devraient porter leurs fruits courant 2025. 

25 novembre 2024 : « Mesdames, pouvez-vous rester jusque 17h »

Marie-France Delporte 

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M f delporte

C'est avec beaucoup d'émotions que nous avons effectué notre dernière intervention au CNE de Sequedin, 10 ans déjà ! Un bail inoubliable ! Que de rencontres enrichissantes et de retours gratifiants ! Après plusieurs péripéties dont une minute de silence dédiée à un gardien décédé ce week-end, notre conseillère pénitentiaire d’insertion et de probation attitrée nous a conduites à la bibliothèque, ceci nous a permis d'échanger en chemin sur les aspects positifs de notre partenariat.

Nous avons disposé, sur un temps de préparation, les cartes de Noël sur la table de la petite bibliothèque de façon à ce que chacun puisse y trouver sa pépite. Appréciant cette délicate attention, certains n'ont pas attendu la fin de la séance pour piocher l'illustration qui les attirait le plus.

Nous constatons de notre côté que les étagères de la petite pièce ont été garnies de nouveautés : plusieurs collections de mangas figurent désormais sur les étagères ; les détenus apprécient grandement. A n’en pas douter, les livres collectés dans le cadre de l’opération « un détenu, un livre » organisée par l’ADAN trouveront également leur public.

7 détenus se sont présentés sur 8 prévus (un absent pour cause d'entretien). Dès leur arrivée, nous avons été interrogées sur le but de notre visite, ce qui nous a amenées à présenter notre association ADAN, ses valeurs, sa charte, ses actions, les publics concernés et les objectifs des rencontres d'auteurs. S'enchaîna rapidement l'intervention d'un détenu très intéressé par notre visite, voulant lui-même écrire un livre à l'avenir sur sa détention.

Verbaliser des maux par les mots, exulter le négatif, utiliser le temps carcéral de manière constructive, trouver du positif dans le négatif, transmettre des émotions, des événements, des sensations afin de se sentir mieux et de les partager aux autres, réflexions émises lors d'un tour de table où chacun apporta sa pierre à l'édifice, voyant parfois notre séance comme un avancement à son projet. Un seul détenu se mit légèrement en retrait, nous expliquant qu'il avait besoin de "redescendre", moins participatif que les autres, il s'adapta petit à petit à notre séance, prit confiance et nous remercia à la fin pour notre présence et notre bienveillance. Se sentant déjà un peu mieux.

Un détenu nous a fait part de son expérience à Poissy, étant jury des détenus du prix Goncourt extérieur 2024. Ravi d'avoir fait partie des "juges des livres", même si leur choix ne fut pas celui du jury officiel (lauréat Kamel Gahoud).

Selon une partie des prisonniers, la lecture est un enrichissement personnel et l'écriture une trace indélébile : "les paroles s'envolent, les écrits restent" nous confirmait un détenu très volubile et doté d'une aisance certaine à improviser des jeux de mots et des métaphores.

 

Valérie Florian 

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Valerie florian zoom

S'ensuivirent le parcours de Marie France, la raison de l'écriture de son livre, ses recherches, les étapes rédactionnelles. Ses neuf mois à rédiger, relire et relire encore ses écrits, chaque livre est une naissance ! Avides d'en savoir plus, des questions très opportunes fusèrent. Un participant entama la lecture du livre pendant la séance. M.F lut sa nouvelle intitulée " Insubmersible Zéphir " extraite du recueil "le souffle coupé" prix de la nouvelle ADAN 2023, ayant pour thème la citation d'Alfred Hitchcock "La vie ce n'est pas seulement respirer, c'est aussi avoir le souffle coupé", avec analyse du texte et de la chute. Très réceptifs et à l'écoute, l'interactivité entre l'auteure et les détenus se fit en symbiose.

Valérie enchaîna sur ses chemins professionnels et son pourquoi de l'écriture associé aux illustrations. Elle évoqua son mode d'édition : l'auto-publication, atout majeur à la réalisation d'un projet d'écriture, et mit en exergue ses avantages. Elle aborda les différents types de livres : romans, nouvelles, polar... et poésie, l'amenant à parler de son attrait pour celle-ci. Explication de son livre, du fil conducteur, des thèmes universels traités, du choix des formes de poèmes : contes, chanson, fable, comptine, prose poétique, slam afin d'enlever les tabous et de les inviter également à se lancer dans ce style. Tout est poésie, à condition d'avoir l'œil affuté et la sensibilité adéquate. L'utilisation de la "langue des oiseaux" (langue fictive et secrète consistant par des jeux de langages et de codes à donner un sens autre à des mots ou à une phrase, par ex : car paix dit aime pour Carpe diem) en référence au titre de la couverture de son recueil de poésies illustrées  "Carpe dis-aime" les interpella. Le jeu de mots "Sérial Ki"fleurs" les amusa de concert. Puis lecture du texte sur la "solitude" où chacun dénicha des ressemblances avec son vécu. "La solitude, j'ai l'habitude" souligna très justement un détenu.

M.F reprit la parole en proposant aux détenus de deviner le personnage principal d'une historiette intitulée "Mia", indice : « ça n’est pas un humain ». Le thème de l’écriture de cette nouvelle était d'insérer 5 mots imposés dont "effeuiller, astrologie, sérendipité, piteux et effeuillé" dans un texte. Rapidement, l'ancien pâtissier découvrit l'identité tandis que ses voisins fiers d'avoir également trouvé la réponse crièrent à l'unisson : "C'est le chat !".

Pour clôturer les lectures, V.F lut : "le vague à "lames" des murs", slam percutant résonnant comme un écho à leur vécu de prisonnier. Applaudissements en guise de reconnaissance à leur condition. Remerciements pour leur écoute, leur vive participation, leurs échanges sincères. 

Leurs conclusions : dommage que ce soit fini, trop court, « Mesdames, pouvez-vous rester jusque 17h » (pour un horaire de fin à 16h30), qu'il n'y ait pas de suite, remerciement pour notre présence, nos conseils les encouragent dans leur projet d'écriture - sensations positives et bénéfiques pour leur moral.

Valérie Florian 

21 Octobre 2024 : « Ces lieux que nous portons en nous »

Myriam Anne 

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Myriam anne zoom

C’est en compagnie de Florian Galasse, très bienveillant parrain, que je me suis rendue pour la première fois au CNE de Sequedin. J’aspirais à cette expérience depuis longtemps et je ne ressens aucune appréhension, seulement l’envie de partager, de découvrir et de faire découvrir…

Je me laisse guider en toute confiance par Florian, véritable fil d’Ariane en ce dédale de barreaux, de murs, de cours et de portes. Aucune présence humaine, les grilles s’ouvrent et se ferment automatiquement, sous l’œil des caméras qui suivent notre parcours. C’est mon premier étonnement.

Le second fut la taille de la bibliothèque du CNE, petite pièce n’atteignant pas vingt mètres carrés au centre la laquelle trône une grande table garnie de huit chaises. Le gardien (sorti de nulle part, première présence humaine avec laquelle nous avons un contact direct, il y a donc bien des humains !!) qui nous a ouvert la porte de la salle nous indique que six détenus sont inscrits. En les attendant, nous nous installons et regardons les rayonnages, bien organisés et riches d’ouvrages très variés.

Finalement trois détenus se joignent à nous. Ils sont souriants et très affables, nous serrent la main se présentent et s’installent autour de la table. L’atmosphère est détendue, chaleureuse.

Florian nous présente et présente l’ADAN. Lors du tour de table, les participants parlent volontiers d’eux : tous trois sont grands-pères, et aspirent à écrire pour laisser une trace et communiquer avec leurs petits-enfants. L’un d’entre eux s’est déjà lancé et a commencé l’écriture d’un conte pour enfants, où trois petits lapereaux impatients de quitter le terrier pour la première fois sont les allégories de ses propres petits enfants. Il ne l’exprime pas en ces termes, il espère être capable de finir de structurer son récit.

Nous présentons alors nos livres. Il y a déjà deux bandes dessinées de Florian dans les bacs de la petite bibliothèque, laissées au cours des précédentes visites. Il nous parle alors du monde de Mathéo, de son intention : parler de l’autisme de manière simple, épurée, adaptée à un jeune public. Les détenus sont sensibles à cette cause. Puis vient mon tour, je présente le voyage de Roland, roman d’aventure urbaine tout public, qui plait tout particulièrement aux amateurs de chats, puisqu’il raconte la nouvelle vie d’un chat après s’être égaré et sa quête du retour. Les participants sont interpellés par la couverture, ils me demandent si cela se passe dans le Nord, au vu des maisons de briques rouges. Ils ne connaissent par le Nord, deux d’entre eux sont de la région parisienne et le troisième vient du Brésil. Nous expliquons ce qu’est un beffroi, je présente la partie « pour en savoir plus » présente à la fin de mon livre, qui permet d’en apprendre un peu plus sur les références culturelles distillées dans mon écrit.

 

Florian Galasse 

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Galasse f

 

Cette référence aux régions d’origine vient à propos, car Florian et moi avions décidé de focaliser notre intervention sur les lieux. Nous évoquons les lieux présents dans nos ouvrages, et la façon dont ils nous ont été inspirés. Ils peuvent être réels, et nous avoir marqués, ou être imaginaires. Nous parlons de l’inspiration, du fait que chaque œuvre porte en elle quelque chose de son auteur. Spontanément, les participants interviennent, évoquent leurs lieux, l’échange est riche. Les allers-retours entre les moyens d’expression, l’écrit ou le dessin sont complémentaires, l’accent est mis sur la liberté qu’a l’auteur de faire vivre ces lieux en les adaptant, les modifiant, ou en les gardant tels quels. En lecture, je propose la description de trois lieux, aux atmosphères totalement différents… Les participants sont extrêmement réceptifs, ferment les yeux pour mieux imaginer. Ils semblent transportés et cela me fait plaisir. Après un échange autour de leurs impressions, je reviens sur ces lieux, et la source de leur inspiration.

Pour le deuxième temps, celui de la création, Florian leur propose de s’exprimer par le dessin, soit sur un lieu qui leur est propre, soit sur un lieu dont je viens de faire la description. Une autre option est de s’exprimer par l’écrit, au sujet d’un lieu qui les a marqués, qu’ils portent en eux. Après un instant d’hésitation face aux feuilles blanches et aux crayons que Florian leur distribue, « ah, ça sent le devoir à faire ! », le premier se lance. Il décide d’illustrer son conte pour enfant, notamment la forêt magique. Le deuxième prend un crayon et nous explique qu’il veut dessiner le désert du Sahara. Sa rencontre avec le désert algérien, les dunes à l’infini, l’a profondément marqué. Le troisième participant préfère tout d’abord feuilleter les livres, avant de finalement s’emparer d’une feuille et d’un crayon et commencer à dessiner son village natal. Il s’agit d’un village de maisons de bois sur pilotis, planté le long de la rivière au plein milieu de la forêt nous explique-t-il. Il n’oublie pas d’ajouter dans le ciel des oiseaux : les perroquets verts capables de parler qui peuplent ses souvenirs.

Nous les accompagnons dans leur réalisation, mettant en avant les réussites et leur donnant quelques conseils techniques. Tout le monde est en confiance, l’atmosphère est propice à la création et aux échanges. Chacun découvre une part de l’autre…

Nous avons recours aux cartes postales laissées à leur disposition par l’ADAN pour servir de modèle pour les dunes. Nous expliquons la raison de la présence de ces cartes, les détenus n’étaient pas au courant et sont ravis de les savoir à disposition. En fin de session, ils en choisissent quelques-unes pour écrire à leurs petits-enfants. Nous leur demandons de faire passer le message. 

Il est temps de se quitter, l’intervention s’est déroulée dans l’échange et la sérénité. Avant de partir, l’un des participant nous demande si nous allons revenir… nous l’espérons tous.

2 Septembre 2024 : « votre présence nous répare ».

Karine Deraedt

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K deraedt zoom

Je remercie vivement ADAN de m’avoir permis l’opportunité de cette belle rencontre et tout particulièrement ma « marraine » Valérie Florian pour son accompagnement si bienveillant en terrain inconnu.

Une fois installées dans la petite salle de la bibliothèque du CNE, nous apprenons que 8 personnes se sont inscrites. L’espace disponible me paraît un peu juste, mais le gardien nous informe qu’ils ne seront sans doute pas tous présents.

En effet, 15 minutes plus tard, 5 détenus entrent et s’installent. Ils nous serrent la main, avec un grand sourire avenant. Le premier contact est très aisé et chaleureux. Je ressens immédiatement leur plaisir d’être là. Leurs nombreux remerciements au fil de l’atelier le confirmeront. « Les visites et les activités sont presque inexistantes, alors vraiment merci beaucoup à vous de venir ici, et de nous proposer cet atelier ». Le tour de table permet déjà à tous de beaucoup s’exprimer, mais  les échanges seront nombreux tout au long de la rencontre, et les interactions très riches et pertinentes.

Il y a d’abord, le boulanger pâtissier qui aimerait écrire un livre de recettes mais déplore de maigres possibilités de mise en pratique en détention. Pour ce qui est de la lecture ? Impossible avec sa mauvaise vue.

Le plus âgé et le plus discret était auto-entrepreneur dans le bâtiment, et nous parlera pudiquement de ses petits-enfants qui lui manquent, et de l’enfermement qu’il ne supporte plus.  Il mise sur les associations et les contacts qu’il a à l’extérieur pour l’aider à concrétiser une sortie rapide grâce à un emploi. Quant à la lecture, ou l’écriture ? Ce n’est pas trop son truc.

Un autre détenu est un jeune homme extrêmement souriant et ouvert. « J’avoue c’est au mitard que je lis le plus, et j’aime bien ça, mais en cellule je m’abrutis de télé, je sais que j’ai tort mais je n’arrive pas à faire autrement. » explique-t-il tout sourire.

 

Valérie Florian

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Valerie florian zoom

L’extrait que j’ai choisi de lire « Le fumoir» se déroule en hôpital psychiatrique. Il nous confiera avoir été interné six fois, ce qui permet aux autres détenus d’embrailler sur les similitudes entre prison et internement, et de révéler ainsi qu’il n’est pas le seul, ici, à l’avoir expérimenté. Plus tard, la lecture du slam Le vague à lames des murs de Valérie, très apprécié par les détenus, lui donnera la confiance de nous slamer lui aussi quelques textes personnels dont « La paillasse », un texte très beau, très fort. Il nous explique qu’il rêve, à sa sortie, d’en faire un enregistrement, même à petite échelle, pour ses proches au moins. Puis tombe tout à coup cette confidence, aussi touchante que déroutante : « J’ai braqué pour de l’argent, putain comme je regrette ! Perdre ma liberté, gâcher ma vie ici, pour de l’oseille, quelle connerie ! ».

Le plus bavard d’entre tous, nous parle avec passion de ses pratiques circassiennes (jongleur, fil de fériste, trapéziste…) il est aussi poète, chanteur, compositeur, écrivain…. et, comble de l’ironie, ancien intervenant artistique en prison. « Si à l’époque on m’avait dit qu’un jour je serai de l’autre côté, emprisonné, face à des intervenants… »  Son long parcours de détenus lui a permis de participer à de nombreux ateliers artistiques et littéraires. Il nous parle de tous les projets auxquels il a participé, avec passion et fierté.

Le dernier jeune homme a étudié le commerce international après des études de lettres. Il semble très jeune, posé, il écrit, il lit de tout, même s’il a une nette préférence pour les mangas.  Lorsque Valérie terminera la lecture de son poème "Fantasque volte-face à face " traitant du thème universel de la solitude, il sera le seul à affirmer « Je ne me sens jamais seul, même ici, jamais », tant il est aimé, soutenu par sa famille. Il enchaine en précisant qu’il vient d’un milieu social protégé, avec des parents aimants, des études prometteuses, et que de mauvaises fréquentations peuvent suffire à tout faire basculer ».

Et puis, il y a Valérie et moi… Heureuses de participer à un atelier qui aura été préféré à la promenade quotidienne. Emues devant autant d’écoute, de pertinence et de reconnaissance exprimées par ceux qui nous quittent en nous offrant ces mots 

« votre présence nous répare ».

15 Juillet 2024 : " en lien avec la déconnexion à laquelle les détenus sont confrontés."

Sylvie Bocquet 

Photo sylvie b zoomPage auteure

Lundi 15 juillet, nous nous rendons Sylvie et moi dans la petite bibliothèque du CNE. Les détenus ont visiblement bénéficié d’activités d’arts plastiques : des créations en papier et en carton occupent les trois dimensions de la pièce.

Les détenus prennent place, ils seront huit à suivre notre atelier. Il y a les lecteurs aguerris, l’un aime lire Suskind, dont son œuvre « le Parfum » qui fait appel à la sensorialité. Il y a ceux qui préfèrent les textes courts, ça tombe bien nous sommes venues avec des nouvelles ! Enfin, il y a ceux qui manquent de confiance : l’un aimerait écrire, mais se sent freiné par des compétences orthographiques mal assurées. Sylvie le rassure, le métier de correcteur est utile à tout auteur.  

Comme à notre habitude, nous offrons de choisir quelques cartes postales offertes par les adhérents de l’ADAN. Comme sur une précédente session, des supports qui lui évoquent son enfance sont sélectionnés par un prisonnier ; une peinture emporte l’assentiment d’un autre ; un troisième est à la recherche de jolies enveloppes.

Sylvie présente son livre : « Le secret de Grand-Pierre », où il est question d’un aïeul qui refuse de faire un pas vers les nouvelles technologies. Un détenu fait le lien avec la déconnexion à laquelle les détenus sont confrontés. Lors d’une permission il est allé manger dans un fast food ; quel étonnement pour lui de constater que la commande devait être passée sur de grandes bornes numériques.

 

Marie France Delporte 

Portrait mf delportePage auteure

Sylvie explique le travail d’auteur : il faut suffisamment de contenu pour écrire un livre. Une seule idée ne suffit pas. Les détenus sont surpris d’apprendre qu’elle a écrit cinq ouvrages. Certains s’étonnent par ailleurs des 200 pages du livre qui leur est présenté ; ils envisagent l’ouvrage comme une lecture très longue.

Je présente également mon roman : « La Face cachée d’un univers ». J’explique l’importance du choix du titre, et celle que j’attribue au démarrage de l’histoire avec une phrase d’accroche qui pose immédiatement le contexte. Je décode le choix des noms des personnages « Nova » pour une grand-mère et « Nébulline » pour sa petite fille : en astronomie, l’explosion des supernova donne naissance à des nébuleuses. Je détaille mon projet : vulgariser le travail des chercheurs en cosmologie et imaginer une histoire qui serve cette thématique scientifique. Je parle en conséquence de mon implication dans l’invention d’un récit qui permettrait au lecteur de trouver des réponses aux grandes questions de la science dans l’histoire des personnages en définitive, pour ne pas travestir la réalité scientifique. Les détenus veulent absolument lire nos livres, et demandent une dédicace qui sera effectuée à l’attention du CNE.

Nous poursuivons avec des lectures de nouvelles sélectionnées. Les personnages principaux ne sont pas des humains. Les histoires disséminent des indices sur un mystérieux sujet auquel il arrive maintes péripéties. Les détenus sont attentifs. Malgré les explications initiales, le groupe reste dans l’idée que le premier texte parle d’une fillette, une fois les indices décortiqués, ils comprendront la mécanique et seront plus perspicaces pour analyser le second texte. L’un d’eux trouvera précisément que les péripéties sont celles vécues par l’aiguille d’une horloge.

Enfin, nous concluons avec une dernière nouvelle pour laquelle la lecture se fait par bribes, nous analysons le texte avec eux et ils s’amusent de comprendre les jeux de mots et les figures de style. Nous terminons l’atelier avec huit personnes parées pour se confronter à l’art de la compréhension de texte.

8 Avril 2024 : " s’il n’y avait pas l’enceinte de la prison, on se croirait dans un bistrot littéraire"

Emilie krengel

Emilie Krengel 

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Une nouvelle expérience riche en émotions et en apprentissages ! Je retrouve mon binôme, Quentin, avec qui j’ai pu échanger quelques jours auparavant. Son univers atypique empreint de magie lui a permis d’élaborer un exercice d’écriture qui complète l’aspect thérapeutique que j’ai l’habitude de proposer. J’ai hâte de voir ce que cela suscitera chez les participants !

Au terme du cheminement ponctué de cliquetis de serrures et de portes fermées, nous voici arrivés. C’est sereinement que je franchis le seuil de cette bibliothèque qui, au fil des interventions, est devenue quelque peu familière. Etrangement, la pièce, encore vide, me semble à chaque fois plus étroite et plus sombre. Nous décidons de bouger les tables pour tenter de donner une ambiance plus accueillante au lieu. Les participants finissent par arriver et ils ont l’air inspirés par les livres. Rapidement, nous échangeons sur la littérature, la philosophie, la poésie, le théâtre. Je souris intérieurement car tout prend rapidement sens. La culture, la curiosité, l’envie d’apprendre et de s’enrichir des différences des uns et des autres donnent à ce moment une saveur particulière. Quentin nous parle des créatures fantastiques qui peuplent ses romans et je pense que chaque enfant tapi en nous se délecte en imaginant les dragons surplomber le ciel. Pour ma part, j’ai apporté mon troisième roman, une comédie romantique "feelgood". Ils ne sont clairement pas les cibles de cet ouvrage et je n’assume pas ce choix mais mes deux autres romans sont déjà présents sur les petites étagères. Pourtant, les participants le feuillètent en riant et ça me remplit de joie et de gratitude.

Le second temps est dédié à l’écriture. Certains nous partagent leurs écrits, d’autres préfèrent les garder et poursuivre une fois seuls. Vient le moment de repartir. On se dit au revoir en se souhaitant mutuellement le meilleur pour l’avenir.

Des inconnus réunis qui, l’espace de quelques heures ont convergés ensemble dans un même sens, avec une même intention, celle de franchir les barrières invisibles et visibles

Quantin mondiveci portrait

Quentin Mondiveci 

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Je suis intervenu hier avec Emilie pour le CNE de Sequedin. Première fois en milieu carcéral. Si ce n’est toutes les portes fermées que nous ouvrons par des boutons d’appel en attente d’une réponse, les déambulations dans l’établissement me font penser aux labyrinthes de certains milieux hospitaliers. Aucune appréhension, puisqu’aucune attente de cette rencontre.

Après un petit retard, dû à un manque de personnel, nous confie notre guide, nous arrivons dans la modeste bibliothèque, qui peut contenir, tout au plus, dix personnes. Un peu petite, tout de même, pensé-je sur le moment. Nous avons le temps de regarder ce qui s’y trouve. Cela part dans tous les sens : histoire, religion, art, romans policiers… Enfin les détenus arrivent, plutôt âgés, je les imaginais plus jeunes. Ils sont sept. A ma grande surprise, dès que nous les interrogeons sur leurs lectures, ce sont soit des livres pratiques, soit des livres philosophiques. En fait aucun roman pour « s’évader ». Ils abordent aussi des ateliers de poésie, de théâtre et de lecture auxquelsils participent. Emilie va les éveiller par ses romans modernes et son envie de partager sa culture. Mon domaine qui est l’imagination pure va plus que les intriguer. A la réflexion d’un des leurs « Et vous arrivez à dormir. », je souris. L’imagination me fait faire de beaux-rêves, elle n’a jamais provoqué d’insomnie. Je me pose cette question : pourquoi ces hommessont-ils devant nous ? Nous avons des discussions enrichissantes, ils ont un parcours littéraire indéniable, s’il n’y avait pas l’enceinte de la prison, on se croirait dans un bistrot littéraire. Puis vient l’exercice. Nous leur proposons deux thèmes, l’écriture thérapeutique chère à Emilie, et l’imagination, au choix. Ils n’y participent pas tous. Les moinsimpudiques nousliront leurs quelqueslignes, trèstouchantes. Les stylos de couleur emmenés par Emilie feront sensation. Ils repartiront avec, souvenirs d’une rencontre trop brève.

Tout à une fin. Nous nous retrouvons en attente dans un escalier. « Bloqué dans l’escalier » est le titre qui me vient sur l’instant. Puis la rencontre d’un autre intervenant formateur au sein de la prison. Pour finir, le moment où nous récupérons cette petite carte qui définit notre identité. Une expérience hors du temps, des chemins battus, que je compte bien réitérer. Un monde étrange qui imprégnera peut-être un jour mon imagination pour de nouveaux écrits