CNE ( Centre national d'évaluation ) de Sequedin. Lundi 09 janvier.

José Herbert et Thierry Moral.

Celui-là retraité de l’éducation nationale, auteur d’une douzaine de romans, celui-ci conteur de profession, comédien, metteur en scène, auteur.

Thierry est intervenu au CNE récemment dans le cadre de son métier. Il connaît les lieux et nous pilote dans le labyrinthe des cours, des espaces grillagés, des immenses couloirs et des salles au sinistre décor de béton. Nous découvrons que pour ouvrir une porte, la précédente doit être fermée. L’endroit m’est également familier, car j’y suis intervenu de nombreuses fois, mais, contrairement à Thierry, j’ai du mal à me repérer dans cet environnement glacial, sans l’ombre d’une plante verte, sans couleurs, troublé par des bruits de grilles qui s’ouvrent ou se ferment, par des échos qui rebondissent sur les murs gris.

La petite bibliothèque est bien fournie en livres. Tous les genres sont représentés du thriller le plus macabre en passant par du récit historique, des essais spirituels et des bandes dessinées ! Nous avons devant nous 6 détenus. Thierry et moi nous accordons chacun une demi-heure pour présenter notre ouvrage. Ensuite, ce sera la discussion libre, les questions, les remarques. Je parle de l’école primaire, Thierry présente un recueil de poésies. Comme d’habitude les échanges sont très intéressants et le temps passe très vite. L’intérêt est porté sur l’émergence de l’acte d’écriture, l’inspiration, la page blanche... Nous en arrivons à la conclusion que le temps d’écriture mentale et celui de la rédaction sur le papier (ou à l’écran), n’est pas nécessairement le même. Autre point abordé, la vraisemblance des faits, notamment dans la fiction. Chaque auteur use de ses propres méthodes, mais le point de rencontre demeure la visualisation. Il est difficile de décrire quelque chose qu’on ne voit pas, ou qu’on ne se figure pas. 

Des problèmes généraux sont également abordés : l’épineuse question des « fautes », l’édition, le rôle de l’éditeur, les droits d’auteur, etc. L’une des personnes présentes dit qu’un détenu peut écrire mais ne peut pas être édité pendant toute la durée de sa détention. Nous les encourageons à écrire, à « oser » l’écriture. Les détenus nous remercient chaleureusement pour ce moment « hors du temps ». L’un d’entre eux évoque Proust. Chacun sa madeleine.

A la sortie de la bibliothèque nous rencontrons madame Rey, l’organisatrice de la rencontre, avec l’ADAN. Elle nous informe de la possibilité d’organiser un atelier d’écriture au CNE. Formidable initiative !