SEQUEDIN : le QUATUOR du 22 Août

Ils sont quatre à la bibliothèque de Sequedin, ce 22 août, venus passer six semaines au centre d'évaluation dans l'espoir d'un aménagement de leur peine. L'un est tout fier d'avoir obtenu en prison un CAP, lui qui n'avait jamais eu l'occasion de faire d'études, un autre ronge son frein en espérant continuer son cycle de sociologie, un troisième beaucoup plus jeune vient d'obtenir son bac.  Le temps de nous saluer, de nous installer, je leur lis le prologue de mon roman : "L'ombre d'Auriel". Ils ont été touchés par le début de cette histoire d'amour contrariée par les horreurs de la première guerre mondiale et ils ont cherché la façon dont l'histoire pouvait évoluer. "C'est ce que nous vivons ! La séparation, l'attente du courrier, les questionnements, l'incertitude, les doutes, l'espoir, les manques, la patience..."

Cette histoire n'est pas leur histoire mais ils s'y projettent et elle les touche. 

Comment s'y prendre pour écrire un livre ? La question vint du jeune bachelier, nostalgique de la Guadeloupe de son enfance, qui aimerait faire revivre ses souvenirs.

"Moi, j'en ai écrit un !" C'est le futur sociologue, à la barbe soignée, qui brandit un gros roman attrapé sur le rayonnage derrière lui, un livre de Suzanne H.. Un transgenre, donc, ce qui nous a tous fait rire. Je m'aperçois que je n'ai pas encore évoqué le dernier du quatuor. Il nous a lu un poème de sa composition, pas mal tourné du tout.

Ces deux heures ont été pour ce quatuor une récréation, une brève incursion dans monde dit "normal", l'occasion d'exprimer une part de leur vie intérieure. Et pour moi l'évidence que, quand la vie bascule, il y a toujours un être humain qui pense, qui rit, qui s'interroge et qui espère, comme moi.

Marie-Claire George