2022

Présentation des ouvrages :

- La Face cachée d’un univers, par Marie-France DELPORTE

- La Plume et le masque, recueil de textes réalisé dans le cadre d’un projet piloté par l’ADAN sur la thématique du COVID

(Le livre ne sera pas laissé à la bibliothèque du centre national d’évaluation (CNE) ; il aura permis de présenter le travail de l’association.)

 

Après quelques déboires avec la machine de sécurité dans le hall d'entrée, le surveillant Mickaël vient nous chercher pour nous introduire au cœur de la prison. Nous empruntons un dédale de longs couloirs puis traversons le quartier des détenus ultra violents. Notre accompagnateur en profite pour plaisanter dans le but de nous détendre. On va vous remettre des protège-dents et des gants de boxe!

L’atelier regroupe 5 détenus. L’un arrive avec un livre déjà largement entamé. C’est un fervent régionaliste. Il a trouvé son bonheur dans la lecture des portraits dressés par Hervé LEROY, membre de l’association qui avait présenté son ouvrage lors d’une précédente intervention (Ces gens du Nord qui ont fait l’histoire).

J'expose ma passion pour l'astronomie ; je présente mon livre ; j'en lis quelques lignes. Brigitte évoque avec les détenus le richesse de la littérature à travers un jeu de questions et de réflexions.

Si face à nous les participants semblent timorés au début, ils se détendent au fur à mesure des échanges. L’un, qui se présente comme un auteur, ne veut pourtant pas écrire ; amusé par le sujet, il finit par voler la feuille de son binôme et par ne plus vouloir la lui rendre. Nous proposons un nouveau support à l’acolyte délesté, il nous répond avec malice avoir tout dans sa tête.

L’exercice d’écriture sur la thématique des couleurs imaginé par Brigitte, nous envoie sur des pelouses vertes qu’il faut tondre, des jardins aux fleurs rouges, comme les lèvres d’une bien aimée ou encore sur les traces des casques bleus au Moyen-Orient. En définitive l’évocation du jaune permettra à nouveau de soulever le paradoxe de la poule et de l’œuf, qui trouve dans le petit espace de la bibliothèque une nouvelle version ; un détenu nous l’affirme : « C’est le poussin qui a pondu l’œuf ».

Les deux heures sont passées sans qu'on s'en aperçoive. On ressent un vent de liberté dans le groupe. Les mots s'échangent, les rires, les taquineries entre les codétenus. Tous sont fiers d'avoir réussi à écrire quelques lignes sur leur feuille : deux ou trois pour les moins confiants, quatre ou cinq pour les plus volontaires. C'est une petite victoire pour chacun. Au sortir de la salle, les hommes se placent face à leur cellule et patientent. Le surveillant fait tourner la clé. Brigitte et moi les regardons entrer, leur feuille à la main, tel un modeste trophée qui leur rappellera ce bref instant de culture partagée. Plus que jamais nous sommes convaincues de l'utilité de notre démarche en ces lieux.

Marie-France DELPORTE