Intervention au CNE de Sequedin le 14/03/2022

Sortie en solitaire au CNE de Sequedin en 2 mi-temps, avec 4 livres en mains et le sourire, bien qu'encore masqué. 

    14h30-15h30 : première mi-temps. 4 hommes enjoués entrent dans la bibliothèque. L'un d'entre eux, à la peau sombre, au regard profond et aux cheveux longs attachés, me lance d'entrée de jeu : "Comment on construit un roman ?" L'échange s'annonce bien. Après la présentation des 4 ouvrages, leur dévolu se jette sur "Dernières nouvelles de Montaubout", pour le besoin de légèreté et "Plafond Céleste", en raison des thématiques du changement et de l'enfermement. La lecture de la nouvelle "L'inauguration" fait mouche. Le débat sur les différentes interprétations est fructueux. À quoi peut bien servir un feu tricolore dans un pays (Montaubout) qui n'en est même pas un ? Les alternatives politiques titillent les méninges et même si la solution miracle n'existe pas, tous conviennent que notre système actuel ne tourne pas bien rond. Bifurcation vers la grotte de "Plafond Céleste". La lecture du chapitre 4, un dialogue dans l'obscurité où les voix se mélangent, interpelle l'auditoire. On parle de théâtre, de roman chorale, d'obscurité, de confusion des genres, de ielle... La lecture d'un extrait poétique du même roman ouvre d'autres pistes de réflexions. La porte de la bibliothèque s'ouvre "Terminé, messieurs." On se salue et ils me font promettre : "Vous les laissez ces deux livres là, promis ?" J'acquiesce joyeusement.

    15h30-16h30 : deuxième mi-temps. 3 hommes pénètrent en file indienne dans l'étroite salle. Un petit monsieur chauve au regard perçant (surnommé l'ancêtre par les autres), me lance : "Je suis passionné de cybernétique appliquée et de mécanique cantique, mais ce n'est peut-être pas le sujet ?" Pas vraiment, même si les strates narratives de l'écriture peuvent vaguement rejoindre la mécanique cantique. Après avoir présenté les 4 ouvrages, ils choisissent les mêmes que le premier groupe. Ravi, j'entame la lecture de "L'inauguration". L'interprétation va encore plus loin : "Vous projetez sur l'Afrique, ce que vous connaissez de la culture du Nord et de la Belgique. Bonne idée !" Dans le mille. Je raconte mon séjour au Togo et nous échangeons quelques mots de ch'ti, juste pour rire. Le débat sur l'intérêt de créer un État qui n'existe pas vraiment, dérive sur l'actualité politique et le grand Z. L'animal médiatique est décodé, analysé et déconstruit de manière brillante. "L'ancêtre" conclut d'un regard assuré : "Même pas en rêve". Inquiet, son voisin rétorque : "On disait ça de Trump." La porte s'entre-ouvre. "Plus que 15 minutes, messieurs." Notre joyeux surveillant s'éclipse. Nous passons sans transition à la grotte de "Plafond Céleste". La discussion s'ouvre dès lors avec Platon, la responsabilité des choix de chacun, l'enfermement volontaire, ou inconscient... La construction narrative du récit interpelle, interroge, intéresse. Je prends donc le temps de détailler le processus. Lorsque j'arrive au moment de lire un extrait du chapitre 4, la porte s'ouvre. "Vous revenez quand ?", me lance l'un d'entre eux. J'explique que je ne reviendrais pas de si tôt, mais que d'autres auteurs et autrices de l'ADAN se rendront au CNE un peu plus tard. Je promets de laisser les livres dans la bibliothèque.

    Les rencontres laissent des traces. Les ouvrages vivront une autre vie au sein de cette petite bibliothèque disparate, dans laquelle je croise des noms et titres qui me font sourire de complicité. Ravis de vous voir ici, mes amis. Je sors un peu éberlué par le dédale de portes et de boutons, comme si je quittais une bulle... Je n'ai pas vu le temps passer. Merci au CNE et aux participants.

 

Thierry Moral